Gruissan dans l’Aude, entre terre et mer

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Météo : grand soleil
Température de l’air: 27°
Température de l’eau: 13° (aie aie aie)

Gruissan est un petit village sur la côte méditerranéenne de l’Aude. J’aime beaucoup m’y rendre depuis Toulouse et je dois dire que malgré le nombre d’allers-retours depuis des années, je ne m’en lasse pas.

Ici, ce n’est pas la Côte d’Azur ni certaines côtes languedociennes défigurées ; s’il est vrai que le port s’est construit dans les années 60 au moment du bétonnage touristique, le reste du village a conservé tous ses charmes.

Il suffit de se balader dans des endroits peu connus des touristes, où la nature est préservée.

Crédit photo DANIEL LECLERCQ

Un vieux village de pêcheurs et de vignerons, un château médiéval, un massif montagneux à deux pas, 5 vastes plages (cela laisse le choix pour lézarder !), des étangs qui rappellent la Camargue pas loin, des îles aux oiseaux migrateurs, des produits de la mer, des salins, les sports nautiques… C’est tout ça.

Le seul inconvénient du lieu, c’est le vent (…enfin, pas pour les véliplanchistes et kyte-surfeurs !) Quand il fait des siennes en rafales, mieux vaut s’éloigner de la côte, à moins d’aimer manger du sable 🙂

La particularité de ce village est qu’il est une circulade, c’est-à-dire que les ruelles forment des cercles autour de l’élément principal, le château. Très beau à observer vu du ciel.

Le lieu dont la renommée a franchi les frontières du département, c’est la plage des Chalets, connue depuis que s’y est tourné le film de Jean-Jacques Beineix 37°2 le matin, tiré du roman éponyme de Philippe Djian. Mais la plage des Chalets, ce n’est pas seulement un film, c’est aussi une histoire de vie locale qui remonte à la fin du 19ème siècle.

Effectivement, à cette époque, à l’heure des premiers bains de mer, des familles de Narbonne venaient s’installer sur la plage avant d’attaquer les vendanges, avec une charrette de toiles comme simple habitat. Mais les vents et les marées eurent raison de ces installations précaires.

C’est alors qu’un cheminot eut l’idée de construire des cabanes sur pilotis pour échapper aux montées de la Méditerranée. Ainsi, les constructions sommaires furent peu à peu remplacées par les cabanes en bois

C’est en 1920 que s’accéléra la « cabanisation » quand la commune de Gruissan racheta les terrains pour construire de nouveaux chalets. Le confort était rudimentaire : pas d’eau douce, ravitaillement une fois par semaine par charrettes, toilette corporelle au sable et à l’eau de mer. Mais ce territoire sauvage avait de plus en plus d’adeptes. Dans les années 1930, Gruissan-Plage attirait les estivants de la région.

En 1950, les chalets n’avaient toujours pas d’eau, ni lumière. Les WC étaient communs. Les cafés et restaurants avec guinguettes commencèrent à se créer. Les prémisses du tourisme populaire.

Dans les années 60, catastrophe. La destruction des chalets fut envisagée : des investisseurs parisiens déballèrent un vaste projet de réaménagement touristique. Bien heureusement, les « simples » pêcheurs ont résisté et les chalets sont sauvés ! Il faudra attendre la fin des années 70 pour que tous les chalets soient raccordés au tout à l’égout. Aujourd’hui, certes le crépi a parfois remplacé le bois, mais l’ambiance typique du lieu demeure. Je ne connais pas d’autres plages similaires en France.

Après ce passage historique, revenons à notre balade gourmande. Petit tour dans un endroit très chouette : les salins.

Je conseille la visite guidée pendant laquelle on apprend les secrets de fabrication du sel. Et se balader à travers les étendues de sel, c’est très apaisant. Sur le site, il est aussi possible de déguster des huitres et d’autres spécialités de la mer, dans un cadre magnifique.

Arrêt obligatoire pour moi à la boutique, évidemment, où l’on peut acheter du sel au vrac, et bien sûr toute une déclinaison de gammes disponibles.

Le salin de l’Ile St Martin
Route de l’Ayrolle, Gruissan
http://www.lesalindegruissan.fr/

Une autre bonne adresse pour les fruits de mer ultra frais est la Perle Gruissanaise. A l’heure de l’apéro par exemple, faites un détour (c’est tout au bout de la plage des Chalets) par la base conchylicole de Gruissan. Coquillages et crustacés… Moules et huitres à toute heure. On passe commande, on apporte son vin blanc et on s’installe sur la terrasse pour déguster. C’est ouvert toute l’année et tous les jours.

La Perle Gruissanaise
Base Conchylicole de Gruissan
6-7 avenue de la Clape – Gruissan
Tél : 04 68 49 23 24

Après la mer, la terre. Direction le moulin à huile. Les oliveraies sont à proximité du moulin. Il y a 5 principales variétés d’olive produites, m’explique t-on : Lucques, Olivière, Bouteillan, Aglandau et Pichouline. Olives locales et production traditionnelle locale, c’est tout bon.

Moulin à huile de Gruissan
A la boutique : vente directe d’huile d’olives, de vins et produits régionaux.
Zone Artisanale Agricole, Gruissan
Frédéric GRANIER Oléiculteur / Producteur

Gruissan, c’est aussi une montagne, le massif de la Clape, un petit massif calcaire, couvert de pinèdes, principalement de pins d’Alep. Sont produits aussi par ici des vins (AOC coteaux du Languedoc) qui sentent bon le soleil.

Une balade très facile est d’emprunter le chemin qui monte au site protégé de Notre Dame des Auzils, d’où l’on domine la Méditerranée. Lieu idéal pour un pique-nique. En dessert, la pâtisserie du coin, c’est la tarte aux pignons. Indispensable !

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  4. HISTOIRE DES CHALETS DE GRUISSAN-PLAGE

    Quelques familles de Narbonne et des alentours, avant les vendanges, venaient avec une charrette tendue de toiles de jute surnommées les bourounes (la Bouroune, la Borona, carré de grosse toile servant au
    transport de fourrage) et s’installaient sur la plage pour quelques jours. Certains laissèrent leurs charrettes et la renforcèrent avec des planches de bois. Mais le vent et les marées eurent raison de ces habitats précaires. Boyer, un cheminot, eut l’idée d’édifier dans un premier temps une cabane ancrée au sol puis sur pilotis (traverses de chemins de fer) pour échapper aux montées impétueuses de la Méditerranée.

    « Il semble donc que l’existence de constructions précaires estivales sur la plage de Gruissan remonte aux alentours de 1900 ou soit même antérieur, et qu’un développement important se produit avant 1920.»

    Andreu-Boussut raconte «En 1869, Achille Gibert, né à Gruissan et épicier-cafetier, est autorisé par un décret du préfet de l’Aude à ouvrir le premier café de la plage de Gruissan. » Cela se fera sous forme d’amodiation et repris par la suite pour les occupations diverses de la plage par les commerces divers et les baraques en bois de nombreux narbonnais. Les tempêtes, les coups de mer des hivers mettent à rude épreuve ces constructions sommaires, les emportant régulièrement. Seuls les bâtiments sur pilotis résistent mieux et se pérennisent au fil des ans, et sont occupés durant l’été.
    Ainsi l’évolution des constructions sommaires se convertit en chalets en bois, mais toujours susceptibles d’être emportées par les flots impétueux.

    1920 Le développement important de Gruissan-Plage se produit dès 1920. En effet vu le phénomène de cabanisation sur la plage, la commune rachète en 1923, à l’Etat, « les lais et relais » de la mer (ce que la mer couvre en hiver et découvre en été). Ces lais et relais, bande de sable, qui avaient été vendus à quelques notables gruissanais, d’une profondeur de 250 mètres, suivent le domaine public maritime sur toute sa longueur. De plus, la commune perçoit une taxe pour la jouissance des chalets (sorte de taxe de séjour touristique !). En 1928 sur un terrain non inondable, en arrière de cette bande elle édifie un lotissement de 57 lots et passe les premiers contrats sous forme de location par amodiation (formule ancienne).

    Le confort est rudimentaire et le ravitaillement en vivres et eau douce se fait chaque fin de semaine avec le retour des hommes et leurs charrettes, rejoignant femmes et enfants, pour partager avec les amis ce territoire sauvage.

    « L’eau de mer et le sable remplaçant savon et détergent pour se laver le corps et faire la vaisselle » nous dit Claude Fagedet , ce que confirme, à sa façon, Pierre Sansot « le vent […] du côté de Gruissan, il décape proprement les visages qui n’auront plus besoin d’un gant de toilette pour obtenir la netteté désirée. »
    Dès les années 1930, estivants et gruissanais parlent de « la station », et la désignent sous ce nom désormais connu : Gruissan-Plage.

    1946 : Le plan en damier

    En décembre 1946, l’urbaniste-architecte Fagard propose une implantation nouvelle des constructions en les disposant en quinconce, à 45° par rapport à la ligne desbord de mer, ménageant ainsi le maximum de vue sur cette dernière. C’est cette disposition qui est retenue, quand en 1947, la commune au titre des dommages de guerre peut envisager la reconstruction des chalets.

    Le plan, établi par un urbaniste de Paris, R. Coquerel, justifie et énonce les principes suivants. Cette disposition permet une meilleure orientation des pièces d’habitation. « Le vent prédominant Nord-Ouest ou Cers représente 66% de la totalité des vents, et la plage n’est protégée par aucun accident de terrains. » et il faut aussi tenir compte de l’orientation ouest qui occasionne de très fortes chaleurs. « Des constructions dont une diagonale serait orientée N.E/S.E. répondraient au mieux à ces conditions. » Les rangées de chalets situés en deuxième et troisième rang ont ainsi une vue sur la mer et la plage.

    « Les dents de scie », ou redents, (principe cher à l’architecte Le Corbusier, nous sommes en 1947) allongent la longueur du front de mer et cassent ce qui aurait pu être une monotone façade longue de un kilomètre. Ces trouées serviront quelques années plus tard pour installer des équipements de loisirs et des parkings clos.

    La production des chalets : une série

    Le dossier prévoit 6 rangées de chalets, mais devant les demandes faites en mairie, 4 autres rangées sont établies toujours sur le terrain communal. Ainsi les 10 rangées que nous connaissons peuvent être construites.
    En échange des « bons Pinay », négociables à 3, 6 ou 9 ans pour reconstruire « leur villégiature d’été », que 519 « baraquiers » ont touchés, la société Pécou de Haute Savoie, propose un chalet en modèle unique, mais en 3 tailles. Préfabriqués en Haute-Savoie, ils sont assemblés sur place au rythme de 80 par an. Un atelier sera même établi sur place, car la société construira près de la moitié des chalets de Gruissan-Plage. Entièrement en bois, sauf les ferrures des volets, bois à petites sections assemblés pour obtenir les portées, ces chalets se révèleront être les plus durables des chalets construits. En 1982 il y en avait encore 700 sur le site.

    1950 Les chalets n’ont ni eau, ni lumière et équipés d’une cuisine pour seule commodité. Les WC sont communs et installés près des parkings rejetés en arrière de la plage. Quelques commerces alimentaires : eau, pain de glace pour les estivants. Cinq cafés restaurants, dont certains font guinguettes ou louent des chambres.

    1954/1955 Lumière, eau potable alimentent les chalets ; des WC de fortune apparaissent en excroissance de chalets.

    2010/2012 Une onzième rangée vient de naître.

    >Les chalets sont toujours en zones inondables

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  7. La photo de la barque sur l’étang de l’Ayrolles est de moi…vous pourriez citer les auteurs…

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