Caprices du palais et particularismes alimentaires

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Commensalité (de cum : avec et mensa : la table) : « fait de partager le repas avec un ou plusieurs commensaux habituels. Un commensal est une personne qui mange à la même table qu’une autre, un compagnon de table, un hôte. »

Simple constat : l’individualisme alimentaire tend de plus en plus à remplacer la notion de partage autour d’une table. Agaçant ? Un peu.

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« Dis-moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es »

De tout temps, la nourriture définit une identité. Les débats sur l’alimentation sacrée et les interdits alimentaires perpétués par les religions et les traditions ne datent pas d’aujourd’hui. Les obligations et les prohibitions alimentaires ont toujours fait l’objet de critiques voire d’inquiétudes. Se perdre dans le débat sans fin des particularismes religieux et communautaires n’est pas mon propos ici, puisqu’ils ont toujours existé. Ce que je relève, c’est plutôt la manière individuelle dont l’homme de notre époque sélectionne la nourriture. Celle-ci devient alors un marqueur social. Est-ce que nous mangeons pour nous distinguer ? Probablement.

La table, encore un vecteur du lien social ?

Nous vivons dans un monde où le MOI voire le sur-MOI est omniprésent, y compris dans la manière de s’alimenter : je suis végétarien, je suis vegan, je suis au régime, je mange sans gluten, je mange sans lactose, je suis flexitarien, je mange bio, sans sel, je suis en cure detox, je suis locavore… prolifération des régimes voire modes, au-delà même des raisons véritablement médicales, allergies supposées ou réelles (on estime qu’en France, alors que 30% de la population déclare souffrir d’allergies, moins de 4% est en réalité concernée).

JE a remplacé NOUS. De fait, les motivations et les revendications personnelles jouent sur la structure du repas. Je constate au passage que ces nouvelles pratiques sont apparues au fur et à mesure des scandales alimentaires récurrents : crise de la vache folle, horreurs dans les abattoirs, tromperies sur les ingrédients… Il semble aussi normal que le consommateur ait pris conscience (enfin) de l’impact de la malbouffe sur sa santé, sur l’environnement et le monde animal. Ce que je trouve respectable et logique.

Les comportements alimentaires s’individualisent donc de plus en plus. Au point de ne plus manger ensemble ? Pour Jean-Michel Lecerf, médecin endocrinologue, les « régimes » s’opposent à la triple finalité de l’acte alimentaire : « nourrir, réjouir, réunir ». Le temps où l’on partageait un plat avec lequel chaque convive se régalait me semble presque résolu. Dorénavant, quand on invite, j’ai comme l’impression qu’il est entendu et poli de se soucier en amont des choix alimentaires des convives. Celui-ci est-il végétarien, intolérant, au régime, ceci et cela ? Mon point de vue est le suivant : si je suis un régime particulier (ce qui n’est pas le cas, à part éviter la nourriture industrielle 😉 ) je ne l’impose pas à autrui. En d’autres termes, je mange ce que je décide chez moi, seule ou en famille, mais lorsque je suis invitée à l’extérieur, je respecte le repas préparé par mon hôte et en quelque sorte fais honneur à celui-ci en mangeant ses mets. Mes orientations gastronomiques passent après. Je pense, mais ce n’est que mon humble avis, que refuser la nourriture qu’on m’offre et qu’on a préparée pour moi signifie un refus de communiquer et de partager. Bien entendu, cela ne concerne pas les personnes réellement intolérantes ou allergiques pour lesquelles l’absorption d’un moindre bout de l’aliment problématique les enverrait directement aux urgences !

Certains sociologues vont plus loin : la nouvelle façon de se nourrir serait à l’alimentation ce que le néolibéralisme est à l’économie, c’est-à-dire une « collection d’individus faisant des choix en fonction de leurs préférences, dans l’aboutissement du processus d’individualisation »

Et…savez-vous que la France reste encore l’un des rares pays où l’on mange assis ? Ce pays ou la convivialité et le partage sont un aspect fondamental du repas, au-delà des aspects nutritionnels. Personnellement, je souhaite que le « modèle » français perdure, pas vous ?

Finalement, il serait possible de manger ensemble à table sans manger la même chose. Proposer un buffet convivial pourrait être une chouette alternative, chacun piochant dans les plats qui lui plaisent et conviennent.

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