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L’oignon de Tasmanie qui nous fait pleurer : 17189 km parcourus jusqu’aux étals de nos supermarchés

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France, où sont tes légumes ? Une récente (et rare) descente dans un supermarché m’a fait réaliser combien les produits importés étaient monnaie courante, en particulier au rayon fruits et légumes. L’exemple le plus frappant : un malheureux filet d’oignons … de Tasmanie. Un oignon voyageur, on nous prendrait pas un peu pour des pigeons ? Retour sur un phénomène absurde et inquiétant.

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Bien triste constat

La fraise d’Espagne en Janvier, on connaissait. Le melon charentais du Maroc en février, j’avais déjà vu. La tomate de Belgique – infecte, orange, pas mûre, sous serre et hors sol – en décembre, une banalité. Mais là, j’ai trouvé mieux, plus loin, plus fort : l’oignon de Tasmanie. Vous savez, la Tasmanie, cette petite île-état australienne, que j’ai plus envie de découvrir pour ses parcs nationaux classés UNESCO que pour son oignon importé. Je vous laisse imaginer les kilomètres parcourus et le bilan carbone pour arriver dans votre soupe. Un peu amère la soupe.

Mais ce n’est pas tout : sur les étals du supermarché (je ne citerai pas de nom), on trouve encore de l’ail d’Argentine, des asperges du Pérou, de la pomme du Chili, de la pomme de terre (bio !) d’Egypte, de la carotte de Hollande (on se rapproche, c’est l’Europe), de la poire d’Israël et j’en passe. Véridique. J’ajouterais la tomate cultivée en hiver à Almeria comme sa copine la fraise, à grands renforts de pesticides et autres petits arrangements : http://www.monde-diplomatique.fr/2010/03/DAUM/18890

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Simple précision : je n’ai rien contre l’Argentine, la Tasmanie, le Pérou etc… au contraire nous sommes de véritables cook-trotteuses, comme l’indique le nom de ce blog 😉 mais ce qui me gêne et ce que je trouve absurde, c’est de voir une multitude de produits importés dit « de base » comme les oignons, alors même que ma région, et plus généralement le grand sud, regorgent de petits producteurs du terroir dont les fruits et légumes sont de qualité et reconnus. Ne dit-on pas par exemple, que le Tarn et Garonne, 1er département français pour la production de pommes et prunes, est le verger du grand sud (source Chambre d’Agriculture 82)

Oui oui, je sais que certains agriculteurs de l’agriculture conventionnelle et intensive utilisent aussi des pesticides en grande quantité en France.

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La production d’ail en France

A moins de 150 km de Toulouse, les fruits et légumes d’exception ne sont pas rares : les 3 variétés d’ail (violet de Cadours, blanc de Lomagne, rose de Lautrec notre petit préféré), l’oignon de Trébons, l’oignon cathare de Citou, l’oignon catalan rouge de Toulouges, les kiwis de Garonne, les reines-claudes du Tarn et Garonne, le raisin chasselas de Moissac, les carottes et asperges des Landes etc  etc, la liste est longue, en fonction des saisons.

Quant à la pomme de terre, ne me dîtes pas qu’il est difficile de trouver des pommes de terre produites localement en France, le légume le plus facilement accessible et le plus économique ! Alors les patates bio d’Egypte… on marche sur la tête, nom d’une prune.

Évidemment il y a des fruits qui ne poussent pas sous nos latitudes et, je le reconnais, je suis bien contente de m’en procurer de temps en temps : l’avocat, la banane, les agrumes (exceptés le citron de Menton et la clémentine de Corse)

Pourquoi tant d’importations de fruits et légumes en France ?

Un fait : la France, hors pommes de terre, est le 3ème producteur européen en fruits et légumes derrière l’Italie et l’Espagne. Mais depuis quelques années, on observe malheureusement une diminution des surfaces cultivées et donc une baisse de production.

Aujourd’hui sachez que la France importe un peu plus de 50 % de ses fruits et légumes. Et 60% des légumes bio sont importés. A croire que les grandes plaines de nos régions agricoles (région parisienne, Centre) ne servent plus à nourrir les habitants mais plutôt à alimenter l’industrie agroalimentaire !

Ayant fait des – lointaines – études d’économie, j’en déduis que le commerce alimentaire obéit aux mêmes règles que les autres marchés, c’est-à-dire à la loi de l’offre et de la demande. La France ne pourrait donc s’auto-suffire en production maraichère pour répondre à la demande des consommateurs. C’est sûr, on nous rabâche à longueur de temps qu’il faut manger 5 fruits et légumes par jour alors …

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Pas assez d’oignons ni de patates en France, obligés que nous sommes d’importer de Tasmanie. Pourquoi la Tasmanie ? Laissez-moi deviner : un trader néerlandais spécialisé en oignons a sûrement fait baisser son prix et l’intermédiaire roumain s’est vu proposer un prix imbattable que l’acheteur (enfin, la centrale d’achat) du géant de la grande distribution a ensuite pu renégocier à la baisse. Bref, les fameux circuits longs. Cela étant, moi, ce que je vois, c’est que sur mes marchés de producteurs favoris, l’ail et l’oignon de pays ne manquent pas !

Même constat avec certains restaurateurs de la région qui se fournissent en viande de bœuf d’Argentine (aussi) ou d’Allemagne, au détriment de nos trésors locaux que sont les races Aubrac, Salers ou Limousine. Je connais l’objection et l’éternel argument : le prix. La rentabilité bordel.

Et vous savez quoi ? Hier, opération commerciale «foire au canard » chez un discounter, avec du canard … de Bulgarie. En terres gasconnes, cherchez l’erreur …

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18 Commentaires

  1. Je n’avais jamais regarder l’origine de ces produits dans mon supermarché … cela fait peur!!! mais cela conforte ma passion pour mon petit marché dominical:)

  2. Bonjour,

    Je vous suis tout à fait dans vos propos, pourquoi aller chercher aussi loin des produits, légumes que l’on peut avoir près de chez soi ? La faute à qui ? Aux consommateurs qui en veulent toujours plus, aux grandes surfaces qu doivent répondre à cette demande, aux traders comme vous dites, qui gèrent les productions mondiales, aux pays émergents comme on dit, il faut bien qu’ils se développent un petit peu, ect etc

    Non, ne rentrons pas dans ce systeme, notre agriculture est en déclin, les producteurs ont aussi besoin de nous comme on a besoin d’eux, privilégions les productions locales et de saison, estimons nos besoins reels, (je n’ai plus d’oignons pour mon plat, et alors, tant pis, j’attendrai le prochain marché que de me ruer à la supérette du coin pour acheter vite fait le seul sachet d’oignons, d’origine je ne sais où et de plus avec déjà des oignons abimés )

    Depuis des années, que je pratique ainsi, j’ai remarqué aussi que tous les legumes issus de productions locales se conservaient beaucoup mieux et plus longtemps

    Et au final une note de courses réduite puisque déjà je n’achète que ce que j’ai besoin, et avec une qualité de produits bien supérieure.

    La crise va certainement changer nos comportements en matière de consomation, et c’est tant mieux.

  3. Chez mon épicier bio favori, il y a des avocats qui viennent d’Espagne. Habitant le sud de la France, c’est moins gourmand en carbone que de manger des endives de Belgique…

  4. encore un article très intéressant et utile!! je l ai mis pour info sur notre page fb pour nos clients hebdo
    merci pour les petits agriculteurs qui comme mon mari font leur métier avec passion et l effort de bien faire.
    mais la faute n est pas qu aux GS mais aussi aux gens qui ne font pas attention à ceux qu ils achètent… du moment que c est pas cher, parfait et tout prêt… j ai espoir que cela commence à changer!!
    effectivement nous avons des amis agriculteurs sur Carcassonne ou Ilse sur Jourdain et leurs ails et oignons sont supers!!!
    christel

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  9. Bravo pour cet article ! Je partage complètement votre avis.

    A nous consommateurs de lire les étiquettes et de savoir ce que l’on achète. La richesse des productions françaises suffit largement (entre terre et mer, montagne et plaines…) bon après, si on veut des ananas ou des mangues forcément c’est différent…

    Ne parlons pas des protéines végétales (soja par exemple) importées d’Amérique du Sud qui servent d’aliment au bétail, encore un vice caché de l’industrie agroalimentaire…

    • Tout à fait, pour les produits dits de base, on s’approvisionne en local (fermes, marchés) Rien n’empêche de consommer de temps en temps chocolat, café (quand même !!) bananes quinoa et quelques autres bonnes choses lointaines. Mais pas l’OIGNON 😉

  10. Et oui, j’avais déjà vu des oignons bio d’Amérique du Sud… il faut toujours regarder la provenance et AUSSI sur le marché : de nombreux marchand proposent a des prix exorbitants des produits qui proviennent des mêmes fournisseurs ceux des grandes surfaces et certains producteurs, pour compléter leur étal, ajoutent des produits qui ont la même origine.
    Petit rappel : il est obligatoire de préciser l’origine géographique des produits alimentaires, sur le marché, ça doit être inscrit sur les cagettes et vous pouvez le demander au producteur.
    Le problème suivant avec ces importations massives, c’est que de nombreux pays producteurs dépouillent leur agriculture locale pour pouvoir nous les exporter (et c’est encore pire avec les fruits exotiques) et n’ont plus de quoi manger chez eux, les producteurs locaux crèvent comme partout de vendre leur production a des groupes qui les sous-payent pour nous les vendre à pas cher. En fait, indirectement, c’est le producteur de Tazmanie qui paye le prix du transport des oignons jusqu’en France.
    Il vaut mieux toujours se fournir directement auprès des producteurs.

  11. Et même en essayant de faire attention, il faut se méfier des étiquettes. L’autre jour, en faisant mes courses dans une grande surface alimentaire un peu « classe », je vois des clémentines, avec une ardoise écrite à la main « origine France ». Mais prise d’un doute, je soulève le bord de la cagette, et là je vois l’origine réelle « Espagne » imprimée dessus… ça devient vendeur , l’origine France, alors on peut bien la mettre un peu partout !

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